Miles

Views
4 months ago

Miles #39 - S'INSPIRER POUR SE REINVENTER

Miles #39 - S'INSPIRER POUR SE REINVENTER

STORY DUEL AU SOMMET :

STORY DUEL AU SOMMET : LEWIS / POWELL Un regard illustré sur les plus belles rivalités de l’histoire du sport. Miles se souvient du duel entre Carl Lewis et Mike Powell, au concours de saut en longueur des championnats du monde de Tokyo, qui a offert un record de légende à l’athlétisme. Boris Rodesch, Illustration: A. Kool Il y a près de trente ans, le 30 août 1991, le stade olympique national de Kasumigaoka, à Tokyo, allait être le théâtre d’une soirée à tout jamais gravée dans l’histoire du sport. À quelques semaines des Jeux olympiques qui se tiendront dans la capitale du pays du Soleil-Levant, nous revenons sur ce concours de saut en longueur des championnats du monde d’athlétisme, qui a u sooser en nale, arl eis, matre incontesté e sa discipline préférée, alors invaincu depuis dix ans, et Mike Powell, spécialiste du saut en longueur, éternel second qui vit avec la défaite. À l’aube de ces troisièmes mondiaux d’athlétisme, si les deux athlètes sont américains, la comparaison s’arrête là, tant la domination de Carl Lewis est écrasante. Il est inutile de comparer King Carl, déjà double champion du monde et double champion olympique du saut en longueur, à Mike Powell, athlète plutôt discret, médaillé d’argent aux Jeux de Séoul en 1988, qui reste aussi sur quinze défaites consécutives face à son « démon ». Bye bye Beamon Ces championnats du monde de 1991 sont censés être ceux de Carl Lewis. Cinq jours avant le concours du saut en longueur, il a déjà décroché l’or sur 100 mètres, signant un nouveau record du monde en 9 secondes 86. La suite, ça doit être Carl Lewis contre Bob Beamon, à la poursuite de son record qui tient depuis 23 ans. Mike Powell ? Personne ne le calcule. Au mieux, « Mike qui mord toujours » se classerait deuxième. Mais c’était sans comter sur cette nale raniose au scénario inraisemblable, o il serait sacré champion du monde, et recordman de la discipline, grâce à un bond à 8 mètres 95 ! Qu’il n’en déplaise donc à Carl Lewis, dont c’était devenu le principal objectif, c’est Mike Powell qui effacera des tablettes le plus vieux record d’athlétisme, à savoir le saut à 8 mètres 90 de Bob Beamon aux Jeux olympiques de Mexico, en 1968. Désillusion et frustration immense pour le premier, stupéfaction et jouissance intense pour le second, ces chamionnats u mone sont nalement ceu e ie oell. Le sauteur en longueur inscrit son nom dans la légende du sport, et son record, qui tient toujours, laisse penser qu’il a atteint, ce soir-là, la limite des performances humaines. Les prémices du grand soir De 1981 à 1991, Carl Lewis réalise l’une des performances les plus remarquables e lathlétisme, aec une série e soiantecinq ictoires alée en saut en longueur. Ajoutez-y sa prouesse réussie aux Jeux olympiques de os neles e , o il sine leloit e remorter quatre méailles or — sur 100m, 200m, 4X100m et saut en longueur —, égalant le record de son idole, Jesse Owens, King Carl incarne, à lui seul, l’athlétisme ! De son côté, Mike Powell est un sauteur puissant. Moins rapide que Carl Lewis, il mise sur une meilleure détente pour rester plus longtemps en l’air. 30 Toute copie non autorisée est strictement interdite sans le consentement écrit préalable de Produpress SA/NV

e nest as un srintersauteur, cest un technicien, qui matrise araitement la technique du saut en longueur. Absent des mondiaux d’Helsinki (1983), de Rome (1987), et des Jeux olympiques de Los Angeles (1984), il se qualie our les Jeu e éoul e . os eu rotaonistes ont enn saronter ans lune es eu cométitions majeures. ans surprise, Carl Lewis s’impose avec un saut à 8 mètres 72, soit 23 centimètres de plus que son dauphin, qui doit se contenter de la médaille d’argent. Carl Lewis devient du même coup le premier sauteur en longueur masculin à conserver son titre olympique. Mike Powell, lui, devra attendre les prochains mondiaux de Tokyo pour espérer prendre sa revanche, à un tel niveau. Entre-temps, ils se retrouvent aux championnats des États-Unis. Le grandissime favori l’emporte une nouvelle fois, il conserve son invincibilité pour seulement un centimètre. Jamais l’écart entre les deux athlètes n’avait été si faible. De quoi motiver Mike Powell, qui osera lâcher à sa bête noire : «un jour, je t’aurai». Et d’ajouter qu’il deviendra champion du monde à Tokyo, en battant le record de Bob Beamon. À deux mois de ces fameux mondiaux, les hostilités sont lancées. Un saut dans l’histoire Retour sur le déroulement du concours de saut en longueur le plus extraordinaire de l’histoire. L’atmosphère qui règne dans le stade olympique en cette soirée estivale est particulière. La foule est en délire. Pour l’anecdote, un typhon menace Tokyo, et les Japonais invoquent des vents magiques. Tout semble réuni pour que Carl Lewis puisse en- n aire tomber le recor e ob eamon. lace au sectacle. ors es trois premiers essais, Mike Powell, qui devance Carl Lewis dans l’ordre de passage, semble nerveux. Son meilleur saut est un bond à 8 mètres 54. Carl Lewis est, lui, en feu. Il réalise un début de concours tonitruant avec un saut à 8 mètres 68, un saut mordu proche des 9 mètres, et un saut à 8 mètres 83. À mi-parcours, il prend confortablement la tête du concours. Le record de Bob Beamon est plus menacé que jamais. Vient alors le quatrième essai. Mike Powell chauffe la foule, et il s’envole. Le saut, comme son cri, est immense, proche des 9 mètres, mais mordu. C’est le moment choisi par King Carl pour sauter à 8 mètres 91, un centimètre au-delà du record de Bob Beamon. Si l’exploit est retentissant, le saut qui compte pour le concours ne sera pas validé pour le record, en raison d’un vent favorable de 2,9 m/s (la limite autorisée est de 2 m/s). est au tour e ie oell, il rote cette oisci une lanche arfaite pour se propulser très haut, à la façon d’un dunk au basketball. À sa réception, les spectateurs ont compris qu’ils viennent d’assister à un moment historique. Un frisson traverse le stade, l’attente est insoutenable, Mike Powell ne tient pas en place, tandis que Carl Lewis, anxieux, continue ses échauffements. Résultat: 8 mètres 95 avec un vent de 0,3 ms. est ociel, ie oell est le noueau recorman u mone, il s’installe en tête du concours, mais il reste deux essais à son adversaire. Il est en transe, les bras vers le ciel, il court dans tous les sens, puis se calme, conscient que son plus grand rival est encore capable de lui jouer un mauvais tour. Si Mike Powell mord son dernier essai, Carl Lewis est, pour la première fois de sa carrière, forcé de faire un exploit pour s’imposer. Il n’en sera rien, il bondit successivement à 8 mètres 87 (nouveau record personnel) et 8 mètres 84. Bien qu'il vienne de réussir le meilleur concours de sa vie et, surtout la série la plus dense de l’histoire, il essuie pourtant sa seule défaite en dix ans. Mike Powell, lui, désigné par certains « sauteur d’un jour », réalise le hold-up parfait ! Au moment de raccrocher les spikes, Carl Lewis sera double champion du monde et quadruple champion olympique du saut en longueur. Mike Powell comptera, lui aussi, deux titres de champion du monde, et il remportera une seconde médaille d’argent aux Jeux de Barcelone de 1992, lors d’un concours dominé par… Carl Lewis. Toute copie non autorisée est strictement interdite sans le consentement écrit préalable de Produpress SA/NV 31